Interview avec Rasmey Chhun (Investisseurs et Partenaires) : Financer les agro-PME pour renforcer les chaînes de valeur agricoles en Afrique

14 juillet 2026 Interviews
Rasmey Chhun

La session en ligne de la formation en finance agricole et rurale (FAR Afrique) s’est tenue du 13 avril au 15 mai 2026. Elle a rassemblé 140 professionnels représentant 118 organisations issues de 27 pays africains. Tout au long du programme, des experts de renommée internationale ont partagé leurs connaissances et retours d’expérience. À travers la série « Les paroles d’experts de la FAR », ADA partage ces perspectives avec l'ensemble de la communauté de la finance agricole et rurale afin de prolonger les échanges au-delà du programme.

À propos de l'expert

Rasmey Chhun travaille depuis plus de huit ans dans le capital-investissement pour les PME en Afrique, avec une expérience de terrain dans des pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal.
Au cours de sa carrière, il a géré des investissements dans des secteurs variés, dont l’agroalimentaire, la santé et les biens de consommation. Son parcours comprend également le conseil et la coordination de programmes de renforcement des capacités, avec une expertise adaptée aux besoins des startups et des PME africaines.

Depuis décembre 2024, il est Investment Manager pour les fonds Afrique Entrepreneurs d’Investisseurs et Partenaires (IP), un investisseur d’impact, où il supervise l’ensemble du processus d’investissement.

Pourquoi le financement des agro-PME est-il stratégique pour le développement des chaînes de valeur agricoles en Afrique ?

Les agro-PME sont un maillon essentiel du développement des chaînes de valeur locales. Elles transforment, conditionnent, distribuent et contribuent à structurer les filières agricoles. À ce titre, elles constituent un canal privilégié pour soutenir le développement d’une filière.

Lorsqu’on finance une unité de transformation, par exemple, on sécurise des débouchés pour des centaines de petits producteurs en amont. On permet également de créer davantage de valeur ajoutée localement et de soutenir le développement du secteur secondaire de transformation, plutôt que d’exporter uniquement des matières premières brutes.

Comment I&P intervient-il concrètement auprès des agro-PME ?

La mission première de I&P est de soutenir les PME africaines, en particulier dans le secteur agroalimentaire. Ce secteur est le premier secteur d’intervention de I&P :  avec près de 80 entreprises financées, les agro-PME représentent environ 15 % de notre portefeuille consolidé.

Nous intervenons à tous les stades de développement des PME. Pour les très petites entreprises, cela passe notamment par des programmes de renforcement des compétences, d’appui à l’entrepreneuriat et de préparation à l’investissement.

Pour les PME en phase d’amorçage ou d’accélération, nous pouvons mobiliser des financements sous forme d’avances remboursables ou de dettes concessionnelles. Nous intervenons également en capital, en nous appuyant sur un réseau de fonds locaux partenaires, tels que Teranga Capital et Comoé Capital. Enfin, pour les PME plus matures en phase d’expansion, nous mobilisons des véhicules d’investissement direct, notamment I&P Afrique Entrepreneurs (IPAE).

Quels sont les principaux enseignements tirés de vos investissements sur le terrain ?

Le premier enseignement est que l’adaptation du financement à la maturité de l’entreprise constitue une approche efficace. L’avance remboursable, par exemple, est un très bon outil pour les structures qui ne sont pas encore prêtes à ouvrir leur capital.

Le deuxième enseignement est que l’argent seul ne suffit pas. L’accompagnement, qu’il s’agisse de gouvernance, de stratégie ou d’assistance technique visant à renforcer les compétences, pèse souvent autant que le financement lui-même pour la réussite d’une entreprise.

« L’argent seul ne suffit pas. L’accompagnement, qu’il s’agisse de gouvernance, de stratégie ou d’assistance technique visant à renforcer les compétences, pèse souvent autant que le financement lui-même pour la réussite d’une entreprise. »

Le troisième enseignement est qu’accompagner les agro-PME demande du temps, de la patience et de la résilience. L’agriculture est exposée au climat, à la saisonnalité et à la volatilité des prix. Les cycles de création de valeur y sont donc souvent plus longs qu’ailleurs. Il faut le savoir, s’y préparer, anticiper autant que possible et savoir s’adapter lorsque certains éléments ne peuvent pas être anticipés.

Quelles sont les principales bonnes pratiques que les professionnels de la finance agricole devraient adopter pour financer efficacement les agro-PME ?

La première bonne pratique consiste, dans la mesure du possible, à diversifier ses modes d’intervention ou à s’appuyer sur des partenaires qualifiés capables d’intervenir là où nous ne pouvons pas agir directement. L’objectif est de proposer l’outil de financement le plus adapté au stade de développement et au profil de risque de l’entreprise, plutôt que de faire entrer toutes les PME dans le même moule.

Il est ensuite essentiel de coupler systématiquement le financement et l’accompagnement. L’assistance technique n’est pas un supplément : c’est une condition de performance.

Enfin, il faut raisonner à l’échelle de la filière, et pas seulement à celle de l’entreprise. Financer un transformateur, c’est aussi évaluer la solidité de son approvisionnement en amont et de ses débouchés en aval. La performance d’une agro-MPME dépend fortement de la chaîne de valeur dans laquelle elle s’insère.

 

En savoir plus sur le programme FAR