Path to Growth : une méthodologie pour améliorer l’accès au financement des PME rwandaises
Au Rwanda, l’accès au financement reste un défi majeur pour de nombreuses PME. Pour y répondre, ADA et LuxDev ont développé Path to Growth, une méthodologie mise en place dans le cadre du projet KIFC – Kigali International Financial Centre. Celle-ci va au-delà de l’accompagnement individuel des entreprises : elle propose un parcours structuré visant à renforcer leurs modèles économiques, faciliter leur accès à des solutions de financement adaptées et créer des liens durables entre les PME, les organisations d’appui aux entreprises et les institutions financières.
Les PME rwandaises jouent un rôle clé dans la création d’emplois, le développement des chaînes de valeur locales et la diversification économique. L’agriculture occupe une place centrale dans l’économie du pays, représentant 25 % du PIB et 41 % de l’emploi total. Pourtant, de nombreuses PME actives dans l’agriculture, la pêche et l’aquaculture rencontrent encore des difficultés pour accéder à des financements adaptés à leurs besoins de croissance.
Ces difficultés s’expliquent par plusieurs facteurs : exigences élevées en matière de garanties, critères d’éligibilité restrictifs, taux d’intérêt élevés, mais aussi capacité limitée de nombreuses PME à fournir la documentation requise par les institutions financières. À cela s’ajoute le fait qu’une grande partie de ces entreprises appartient au « chaînon manquant » du financement, avec peu de produits financiers adaptés à leur stade de développement et à leurs besoins, ainsi qu’un accès limité à un accompagnement non financier sur mesure.
Une méthodologie progressive
Path to Growth a été développée dans le cadre du projet Support to the Development of the KIFC, financé par le Grand-Duché de Luxembourg et mis en œuvre par LuxDev. Elle vise à réduire l’écart entre le potentiel de croissance des entreprises et leur accès effectif au financement.
L’approche repose sur l’idée que l’accès au financement ne doit pas être considéré comme un point de départ, mais comme le résultat d’un processus de maturation. Les entreprises sont accompagnées pour structurer leur organisation, clarifier leurs besoins, renforcer leurs capacités de gestion et mieux présenter leur projet aux financeurs.
Les étapes du parcours :
- Sélection et auto-évaluation
Le parcours commence par l’identification des PME par la Private Sector Federation et l’Imanzi Business Institute, partenaires du projet. Les entreprises sélectionnées réalisent ensuite une auto-évaluation afin d’identifier leurs besoins et leur niveau de maturité.
- Renforcement des capacités
Le renforcement des capacités est adapté aux résultats de l’auto-évaluation des PME. Avec l’appui de l’Imanzi Business Institute, les entreprises participent à des formations pratiques couvrant des thématiques clés telles que les compétences numériques, la gestion financière, le développement commercial, la fiscalité et le leadership. Elles travaillent également à la structuration de leur profil d’entreprise.
- Coaching et amélioration du profil d’entreprise
Les PME ayant atteint un niveau de maturité suffisant poursuivent le parcours avec l’appui de l’African Management Institute. Cette phase permet d’approfondir les acquis de la formation, de renforcer les pratiques de gestion et de mieux préparer les entreprises à présenter leurs activités et leurs besoins de financement aux institutions financières.
- Préparation à l’investissement
Les PME les plus avancées bénéficient ensuite d’un accompagnement individualisé, également assuré par l’African Management Institute, afin de formuler leurs demandes de financement et de se préparer aux échanges avec les institutions financières.
- Mise en relation avec les financeurs
Dans la dernière étape, les PME sont orientées vers les solutions de financement les plus adaptées, grâce à une cartographie des options disponibles et à des mises en relation avec des institutions financières sélectionnées. L’accès effectif au financement dépend de la maturité de l’entreprise, de la qualité de son dossier, de l’adéquation avec les produits disponibles et de la décision des financeurs.
Une approche écosystémique
Path to Growth s’inscrit dans une approche de développement des systèmes de marché. Celle-ci vise à améliorer durablement le fonctionnement d’un marché en renforçant les rôles, les capacités et les relations entre ses différents acteurs.
L’objectif du projet n’est donc pas uniquement d’accompagner les PME individuellement, mais aussi de renforcer l’écosystème dans lequel elles évoluent : organisations d’appui aux entreprises, institutions financières, partenaires techniques, organismes publics ou parapublics et réseaux d’entreprises. Cette approche permet d’améliorer la préparation des PME à l’investissement, de faciliter le dialogue avec les financeurs et de renforcer les services d’accompagnement disponibles localement.
Parmi les outils clés du programme figurent une cartographie des financements et une communauté de pratique réunissant les PME participantes.
La cartographie des financements permet de mettre en relation les besoins de financement des PME avec les solutions les plus adaptées disponibles sur le marché.
La communauté de pratique permet aux entreprises de poursuivre les échanges après les formations et les sessions de coaching, de partager leurs expériences, d’identifier des synergies commerciales et de rester connectées aux autres acteurs de l’écosystème.
Premiers résultats
À ce jour, 188 PME ont bénéficié d’un renforcement de leurs capacités entrepreneuriales, avec une attention particulière accordée aux entreprises actives dans le secteur agricole et aux entreprises détenues ou dirigées par des femmes, qui représentent 50 % des PME accompagnées.
Parmi elles, 12 PME ont obtenu un financement, pour un montant total de 812 millions de francs rwandais, soit 471 580 euros.
Vers un modèle durable
Conçue comme une méthodologie évolutive d’accès au financement et de développement des systèmes de marché, Path to Growth a vocation à être progressivement appropriée par les acteurs locaux et étendue à d’autres secteurs économiques.
En structurant l’accompagnement des PME et en renforçant la collaboration entre les parties prenantes, elle contribue à poser les bases d’écosystèmes financiers plus durables et inclusifs, au service du développement des entreprises et des marchés locaux.