Quand des opportunités économiques pertinentes déclenchent une dynamique d'autonomie

17 juin 2026 Actualités
Deux femmes en tenue traditionnelle assises

Dans le bassin arachidier sénégalais, trois groupements de promotion féminins accompagnés dans le cadre du programme Jeunes et métiers verts de ADA ont non seulement développé de nouvelles activités génératrices de revenus, mais ont rapidement démontré une capacité d'appropriation et d'initiative. Un premier retour de terrain sur les conditions qui permettent à une dynamique d'autonomie de s'enclencher. 

Un contexte marqué par le manque d'opportunités 

Le département de Bambey concentre plusieurs contraintes caractéristiques des zones rurales. L’agriculture, qui demeure le principal secteur d’activité, repose essentiellement sur les cultures pluviales (mil, de sorgho et arachide), fortement tributaires des aléas climatiques. À cela s’ajoutent la surexploitation des terres et l’érosion des sols, qui contribuent à fragiliser les rendements et compromettent la gestion durable des ressources naturelles. Dans ce contexte de manque de perspectives économiques, l'exode rural des jeunes est un phénomène fréquent. 

C'est dans cet environnement que trois groupements de promotion féminins à Ngarasse, Rintabé et Diourene, représentant au total 93 membres dont 48 jeunes de la communauté de Gawane ont été inclus dans le programme Jeunes et métiers verts. Il vise à leur offrir de nouvelles opportunités économiques à travers leur intégration dans la chaîne de valeur du bissap bio.  

ADA joue un rôle de catalyseur en coordonnant les interventions de Baobab des Saveurs, entreprise sénégalaise spécialisée dans la valorisation des plantes d'Afrique de l'Ouest, qui assure l'appui technique et l'accès au marché pour les groupements, et de l'incubateur Concree, qui les accompagne sur le plan entrepreneurial. 

Une approche combinant formation technique et renforcement entrepreneurial des groupements 

Le programme articule deux dimensions complémentaires : des formations techniques axées sur les bonnes pratiques de culture du bissap et de transformation de celui-ci pour la filière cosmétique, et un accompagnement entrepreneurial portant sur la gestion financière, avec la mise à disposition d'une solution comptable digitale, le marketing et la diversification des activités génératrices de revenus. 

C'est dans ce cadre qu'une formation sur les techniques de saponification a été proposée, selon une logique précise : contrairement aux cultures saisonnières, la production de savons permet de générer des revenus tout au long de l'année, réduisant ainsi la dépendance au cycle climatique. En février, 142 membres des trois groupements, dont 73 % de jeunes, ont été formés à la fabrication de savons solides, de détergents liquides et d'eau de Javel. Les produits issus de cette première session ont été commercialisés localement, générant des revenus directs pour les groupements.  

Les groupements sont également encouragés à mettre en œuvre des pratiques relevant de l’économie circulaire, avec notamment la collecte et la réutilisation des contenants de certains de ces produits.  

Deux femmes lisant un support de formation

 

Une appropriation plus rapide que prévu 

À l'issue de la première formation en saponification, le groupement de Rintabé a lancé et finalisé en totale autonomie sa propre production de savon, à base de Nguediane (Anogeissus leiocarpa, dit le « Bouleau d'Afrique »), sans aucune assistance technique extérieure. Le groupement a sollicité un étudiant du village pour concevoir les étiquettes de ses savonnettes et a identifié un premier client à Dakar. Cette initiative spontanée illustre le dynamisme et la capacité d'adaptation des groupements, que le programme s'attache à renforcer et à valoriser.  

Des jeunes demandent à rejoindre les groupements 

À Ngarasse, une bonne dynamique intergénérationnelle s’est installée. Le groupement était initialement majoritairement composé de femmes d'un âge avancé. Après la première campagne de bissap et les formations en saponification, des jeunes ont spontanément manifesté leur intérêt pour rejoindre le groupement, attirés par la perspective de revenus réguliers que permet la saponification ainsi que par les opportunités économiques offertes par la culture du bissap. Ce regain d'intérêt renforce à la fois la pérennité du groupement et la diffusion des compétences au sein de la communauté. 

Ces expériences confirment que la pertinence de l’opportunité économique proposée est un déterminant essentiel. Lorsqu’une activité répond à un besoin réel, qu’il s’agisse de générer des revenus réguliers, de renforcer la résilience face aux changements climatiques ou de valoriser des ressources locales, elle peut créer les conditions d’une autonomie réelle.