Financement de l’agroforesterie pour les petits exploitants agricoles au Rwanda
En collaboration avec LuxDev, l’institution de microfinance Inkunga Finance Plc et l’organisme de recherche CIFOR-ICRAF, ADA a mis en place un projet visant à tester et évaluer la faisabilité du financement des activités agroforestières des petits exploitants agricoles au Rwanda. Le projet a démontré que des produits de crédit agroforestiers bien conçus, alignés sur les cycles de trésorerie des exploitations agricoles et d’une assistance technique, peuvent favoriser l’adoption de l’agroforesterie tout en maintenant des taux de remboursement élevés. Sur cette base ADA a réalisé une étude de cas afin de tirer les enseignements de cette initiative et de définir les conditions nécessaires à la réplication et à la mise à l’échelle de cette approche.
L’agroforesterie présente en effet un potentiel réel pour améliorer durablement les systèmes de production des petits exploitants, notamment par la diversification des cultures et des sources de revenus, ainsi que par une meilleure résilience face aux chocs climatiques. En intégrant arbres et cultures, l’agroforesterie peut contribuer à l’amélioration de la fertilité des sols, à une meilleure rétention d’eau et stabilité des écosystèmes agricoles, tout en créant des opportunités économiques supplémentaires. Toutefois la concrétisation de ces bénéfices dépend largement de l’accès des agriculteurs à des services financiers et techniques adaptés.
Dans ce cadre le projet a permis :
- de renforcer les capacités de l’institution locale de microfinance Inkunga Finance et d’améliorer sa compréhension de l’agroforesterie en tant qu’opportunité d’investissement à long terme.
- de développer des produits de prêt agroforestiers sur mesure, intégrant des conditions flexibles telles que des modalités de remboursement adaptées, des montants de prêt alignés sur les cycles de trésorerie des agriculteurs et la temporalité propre à l’agroforesterie) ;
- de former les agriculteurs aux pratiques agroforestières durables, notamment en matière de choix des essences, de conception des systèmes de production et de gestion des exploitations.
- De contribuer au renforcement de l’écosystème agroforestier local en facilitant l’accès à des plants de qualité et en soutenant le développement de chaines de valeur locales.
Une approche flexible et progressive
Le projet a adopté une approche par étapes. Il a débuté par un partage de connaissances entre Inkunga Finance et CIFOR-ICRAF, en s’appuyant sur des travaux de recherche de terrain et les contributions des parties prenantes locale. Cette phase a permis d’évaluer la disponibilité des plants, d’identifier les chaines d’approvisionnement existantes et de sélectionner des modèles agroforestiers adaptés au contexte local et économiquement viables (arbres fruitiers, arbres fournissant du bois d’œuvre, fourrage et bois de chauffage).
La deuxième phase s’est concentrée sur le co-développement et le déploiement d’un produit financier dédié à l’agroforesterie. Les agriculteurs ont été impliqués dès le départ afin de s’assurer que les solutions proposées répondaient à leurs besoins réels et contraintes de trésorerie. Parallèlement, un accompagnement technique ciblé a été mis en place pour soutenir l’adoption de pratiques agroforestières durables. La phase finale visait à consolider et préparer l’extension du modèle de financement agroforestier, en capitalisant sur les enseignements tirés. Dans l’ensemble, cette approche par étapes a permis au projet de tester des solutions financières et techniques, de les adapter et renforcer leur pertinence opérationnelle, favorisant ainsi leur acceptation par les agriculteurs et leurs communautés, ainsi que leur durabilité à plus long terme.
Résultats et perspectives
Au total 149 agriculteurs, dont 55 % de femmes, ont bénéficié de près de 70 000 dollars US de prêts dédiés à l’agroforesterie, permettant la plantation de plus de 21 000 arbres. Les premiers résultats montrent un faible risque de crédit et un taux de survie élevé des arbres, atteignant 82 %. Ces résultats encourageants ont permis à Inkunga Finance d’obtenir un financement du Financing Innovation Tool (FIT) afin de poursuivre et renforcer le développement de l’offre agroforestière pour ses clients petits exploitants.
Le projet se trouve actuellement dans une phase d’apprentissage et de consolidation plus large qui devrait se poursuivre jusqu’à fin 2026. Il bénéficie du soutien financier et stratégique de l’agence luxembourgeoise de coopération au développement LuxDev, qui met l’accent sur l’amélioration du modèle de financement de l’agroforesterie, sur une meilleure intégration du soutien technique au sein d’Inkunga Finance, ainsi que sur le renforcement des dispositifs de planification, de suivi et de coordination. Parallèlement, des pistes visant à pérenniser et étendre l’initiative, y compris à de nouvelles régions, sont actuellement à l’étude.
Enseignements tirés pour d’autres projets de financement de l’agroforesterie
Le projet a montré que des produits financiers spécifiquement conçus pour l’agroforesterie, lorsqu’ils sont associés à une assistance technique adaptée, peuvent soutenir avec succès l’adoption de pratiques agroforestières tout en maintenant des taux de remboursement des prêts élevés. Afin de capitaliser sur cette expérience, ADA a réalisé une étude de cas sur le projet afin d’en tirer les enseignements et de mettre en évidence les conditions nécessaires à la réplication et à la mise à l’échelle de cette approche.
L’étude met en évidence que l’efficacité des produits financiers agroforestiers reposent sur plusieurs facteurs clés : leur adéquation aux réalités économiques et opérationnelles des agriculteurs, leur alignement avec les capacités des institutions financières, ainsi que l’existence d’un cadre politique et institutionnel favorable. En outre, l’étude formule des recommandations concrètes à l’intention des institutions de microfinance ainsi que des bailleurs de fonds et des organisations de soutien. Celles-ci portent notamment sur la conception des produits financiers, l’intégration de l’assistance technique, ainsi que l’identification de bonnes pratiques pour garantir la durabilité économique, sociale et environnementale des initiatives de financement de l’agroforesterie.